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Photo : A.S/ Metro

Dans Le Monde du 08 juillet 2010 :

"Il venait chez moi et me disait : "Fais-moi un Fernand Léger, un Picasso." J'étais le faussaire, c'est tout. Pour ces messieurs, j'étais moins que de la m..."
A l'entendre, le pauvre type c'était lui, Guy Ribes, 61 ans et trente-cinq ans d'expérience dans les contrefaçons de tableaux de maître : Renoir, Atlan, Vlaminck, Dufy, Picasso, Léger...

Depuis lundi 5 juillet, et jusqu'au vendredi 9 juillet, le tribunal correctionnel de Créteil découvre la vie de faussaire de cet homme à la silhouette massive, et celle d'une petite bande, ceux qui "venaient grappiller" dans son atelier à Saint-Mandé (Val-de-Marne), entre 1995 et 2004. Des marchands d'art, des intermédiaires et autres experts en faux certificats d'authenticité, au total douze prévenus qui comparaissent pour "débit de contrefaçons en bande organisée", "recel de contrefaçons", "imitation de signatures d'oeuvres artistiques", etc.

"J'étais content qu'ils (les policiers) m'arrêtent", lâche Guy Ribes, en commençant son récit devant les juges. C'était le 5 janvier 2005. L'artiste-peintre remettait à un acheteur plusieurs tableaux contrefaits et des livres d'art dédicacés par Dali et Chagall. Guy Ribes reconnaît tout, ou presque, coupe la parole à la présidente avec des "vous pensez bien, Madame".

A la fois gouailleur et désabusé, humble et fier d'avoir atteint des sommets dans l'art d'imiter. Il ne réalisait pas des copies conformes mais peignait "à la manière de". "Tous ces tableaux qui sont faux, c'étaient des oeuvres artistiques !" s'exclame-t-il devant une vingtaine de toiles posées devant lui. Il reconnaît avoir contrefait "500 oeuvres" mais seulement "120 ou 150 sérieuses".

Imiter les grands maîtres est tout un métier. Et son talent en la matière n'est pas passé inaperçu. "J'ai commencé à peindre à l'âge de 8 ans. A 16 ans, je vendais mes toiles sur les marchés." Il s'est mis à copier des chefs-d'oeuvre en 1975, "peut-être par orgueil", précise-t-il. "Jusqu'au jour où j'ai rencontré quelqu'un qui a compris l'intérêt qu'il pouvait en tirer."

L'héritier désargenté

La petite entreprise démarre au milieu des années 1990. Guy Ribes peint sur commande. Ses comparses se chargent d'appâter le client. On commence par mettre l'acheteur en confiance en lui vendant une ou deux toiles authentiques. Puis vient le jour où on lui présente un héritier désargenté, fils d'un riche collectionneur, qui a besoin de vendre un tableau de maître. Rôle évidemment tenu par un complice. Le client mord à l'hameçon, surtout si l'oeuvre comporte un faux certificat d'authenticité.

Mais, parfois, il n'y a même pas besoin de recourir à cet artifice. Des tableaux contrefaits ont ainsi été authentifiés par des "experts chevronnés", apprend-on durant l'audience. D'autres ont été publiés dans la gazette de l'Hôtel Drouot, principal journal d'annonces des ventes aux enchères...

Guy Ribes rosit de plaisir. Il répond volontiers à la présidente qui lui demande de commenter les oeuvres contrefaites qui défilent sur l'écran vidéo. Certaines ne lui disent rien, d'autres lui arrachent un rire nerveux. Comme ce tableau de Bonnard "de mauvaise qualité". "On me l'a commandé le matin pour le soir même. Ils sont repartis avec le tableau pas sec !"

Mais Guy Ribes ne rigole pas toujours. A la présidente qui lui demande combien il gagnait par tableau, il répond : "Vous voulez dire quand j'étais payé...", avant d'affirmer que ses revenus mensuels oscillaient "entre 1 200 et 2 000 euros". Etait-il au courant de toutes les manoeuvres frauduleuses ? "Je m'en doutais, bien sûr", dit-il. Il se souvient, un soir, avoir vu l'épouse de l'un des protagonistes "taper un certificat" pour un faux Chagall.

L'affaire a tourné au vinaigre lorsque des clients ont découvert la supercherie, et ont déposé plainte. Mais certains acheteurs n'étaient pas dupes, d'après les enquêteurs. Il n'y aurait pas les méchants d'un côté, et les victimes de l'autre. Cinq jours de procès n'auront pas été inutiles pour démêler ce gros sac de noeuds.


 

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